Canicule : ne faisons pas de la climatisation une réponse automatique
Alors que la France connaît des épisodes de fortes chaleurs, la question du confort d’été s’impose dans la plupart des bâtiments publics et privés : écoles, bureaux, maisons de santé, logements. Face à l’urgence ressentie par les usagers, la tentation est forte de répondre vite : installer des climatiseurs.
Cette solution est utile, en particulier pour certains usages sensibles et publics vulnérables. Mais elle ne peut pas être, à elle seule, une politique d’adaptation.
C’est le message porté par Frédéric Bœuf, dirigeant d’un bureau d’études (SURYA Ingénierie) et adhérent de Cinov Ingénierie, récemment interviewé par le Moniteur.
Il ne s’agit pas d’être « contre ou pour la climatisation » ou bien d’opposer solutions passives et équipements technologiques, mais de remettre l’occupant, l’usager et ses besoins, ainsi que notre ingénierie au cœur des décisions.
Refroidir, oui. Mais dans quel cadre ?
On connaît la règle des 19 °C maximum pour le chauffage. On connaît moins son équivalent estival : dans les locaux équipés d’un système de refroidissement, celui-ci ne doit fonctionner que lorsque la température intérieure dépasse 26 °C.
Ce seuil rappelle une chose : le confort ne se pilote pas uniquement par l’ajout d’équipements. Il se pense en exploitation, en usage, en coût global et en sobriété.
Car climatiser n’est jamais neutre. Il faut vérifier la capacité électrique réelle du bâtiment, assurer la maintenance, gérer les fluides frigorigènes et anticiper les effets sur l’environnement immédiat (bruits, rejets de chaleur, inconforts des riverains). Dans une cour d’école ou un îlot urbain déjà minéralisé, ces impacts comptent.
Et si le confort d’été commençait avant l’équipement ?
La réglementation a longtemps été pensée pour éviter que la chaleur ne s’échappe l’hiver. Le confort d’été n’est entré dans les calculs qu’avec la RT 2000, puis avec la RE2020, qui introduit les degrés-heures d’inconfort. Néanmoins, ce sont des indicateurs de conformité réglementaire, qui ne permettent pas de qualifier le confort en occupation réelle, et encore moins en période caniculaire.
Mais la réglementation est insuffisante pour anticiper le climat de demain. C’est pourquoi, de nombreux bureaux d’études intègrent déjà des scénarios climatiques prospectifs dans leurs analyses, y compris lorsque cela n’est pas exigé.
Dans son interview, Frédéric Bœuf incite à comprendre d’abord le bâtiment : son exposition, ses protections solaires, son inertie, ses usages, ses possibilités de ventilation et de décharges ainsi que son insertion dans le territoire. Car les solutions passives doivent être regardées en priorité : protections des fenêtres, amélioration de l’enveloppe thermique, ventilation nocturne, végétalisation, désimperméabilisation, traitement des îlots de chaleur, choix des matériaux, pilotage des usages…
Ces solutions ne sont pas accessoires : elles permettent de limiter les besoins, de réduire la puissance énergétique frigorifique nécessaire et d’améliorer l’efficacité des équipements lorsqu’ils deviennent indispensables.
Avec l’ingénierie, agir avec impact
La canicule ne doit pas conduire à opposer dogmatiquement solutions passives et systèmes actifs. Dans certains cas, la climatisation sera nécessaire. Mais elle doit être dimensionnée, justifiée et intégrée dans une stratégie d’adaptation plus globale.
Pour Cinov Ingénierie, c’est ici que l’ingénierie joue un rôle essentiel :
Objectiver les besoins
Comparer les scénarios
Prendre en compte les coûts globaux
Évaluer les impacts
Construire une stratégie adaptée à chaque bâtiment
La canicule n’appelle pas seulement plus de froid. Elle appelle plus d’intelligence technique et collective dans la façon de concevoir, de rénover, d’exploiter et surtout de vivre nos bâtiments.