Les métiers de l’ingénierie face au défi du recrutement : attirer, diversifier et former les talents de demain
L’OPIIEC - Observatoire paritaire des métiers du numérique, de l’ingénierie, des études et du conseil – publie une étude prospective sur les opportunités de recrutement et la gestion des trajectoires professionnelles dans l’ingénierie.
Ses conclusions confirment ce que Cinov Ingénierie, syndicat professionnel représentatif de la branche, constate depuis plusieurs années sur le terrain : les besoins en compétences progressent plus vite que la capacité à former et à attirer les talents.
L’ingénierie française traverse ainsi une crise de recrutement profonde, qui menace la capacité du pays à réussir ses transitions écologique, numérique et industrielle.
Un secteur stratégique confronté à une pénurie durable
L’économie française a besoin de 50 000 à 60 000 nouveaux ingénieurs diplômés chaque année. En 2023, seuls 46 500 ont été formés.
Dans le même temps, le rythme de croissance des effectifs des sociétés d’ingénierie est cinq fois supérieur à celui du nombre d’étudiants inscrits en écoles d’ingénieurs. Dans ce contexte, 61 % des entreprises du secteur déclarent rencontrer des difficultés de recrutement.
Cette tension illustre un déséquilibre structurel entre la dynamique économique du secteur et la capacité du système de formation à y répondre.
La crise des vocations scientifiques : un enjeu national
L’étude de l’OPIIEC met en lumière une autre tendance préoccupante : la désaffection pour les sciences dès le plus jeune âge.
Depuis la réforme du lycée de 2019, l’organisation en spécialités a entraîné une chute du nombre d’élèves suivant des enseignements scientifiques. Cette tendance a des effets directs sur l’attractivité des écoles d’ingénieurs, et plus globalement sur la disponibilité des profils scientifiques.
Ce désengagement est encore plus marqué chez les jeunes femmes, dont la présence dans les formations scientifiques continue de reculer.
Si rien n’est fait, cette tendance risque d’amplifier les tensions sur le marché du travail et de réduire la diversité des profils dans les métiers de l’ingénierie.
Diversifier les profils : un impératif pour le secteur
Les conclusions de l’étude OPIIEC sont claires : l’ingénierie ne peut plus recruter uniquement des ingénieurs.
Entre 2025 et 2030, si le taux d’orientation vers le secteur reste stable, les entreprises devront recruter près de 20 000 profils Bac+5 issus d’autres filières universitaires ou en reconversion.
Pour Cinov Ingénierie, cette réalité doit conduire à repenser les pratiques de recrutement et à ouvrir la voie à d’autres profils :
- des Bac+2/3 techniques, soit près de 22 000 diplômés par an
- des masters universitaires (génie civil, urbanisme, aménagement, environnement, géomatique…), soit plus de 43 000 diplômés par an
- des profils issus de la reconversion ou de l’alternance
Trop peu mobilisées aujourd’hui, ces voies de recrutement représentent pourtant un atout stratégique pour répondre sans délai aux besoins du secteur.
Cinov Ingénierie : agir pour l’attractivité et la diversité des métiers
Conscient de ces défis, Cinov Ingénierie agit aux côtés des bureaux d’études d’ingénierie pour renforcer l’attractivité des métiers et soutenir la formation des jeunes générations.
Dans le supérieur :
- Cinov Ingénierie développe des partenariats avec les écoles d’ingénieurs afin de faire découvrir la richesse et les opportunités offertes par les bureaux d’études à taille humaine (TPE-PME), acteurs de proximité essentiels à la vitalité des territoires.
Dès le plus jeune âge :
- Aux côtés de l’OPCO Atlas, Cinov Ingénierie mène des actions pédagogiques dès le collège, à travers des bandes dessinées et supports ludiques conçus pour éveiller la curiosité scientifique et susciter des vocations.
Ces initiatives visent à rallumer la flamme scientifique, à valoriser la diversité des talents et à construire un modèle de recrutement plus inclusif.
Pour une ingénierie ouverte, inclusive et durable
Les conclusions de l’étude OPIIEC confortent la vision portée par Cinov Ingénierie : l’avenir du secteur repose sur la capacité collective à recruter autrement, à former plus largement et à valoriser toutes les compétences.
C’est à ce prix que l’ingénierie pourra relever les grands défis de demain, tout en préservant ce qui fait sa force : la richesse humaine et la diversité de ses savoir-faire.